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Amortir l'hypothèque ou constituer sa prévoyance : la pesée des intérêts

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par Brice Zanetti, CFA
Façade d'un immeuble d'habitation aux balcons régulièrement alignés

Quiconque dispose de liquidités disponibles est souvent confronté à un choix en cas d'hypothèque en cours : amortissement direct ou indirect, ou versement dans le pilier 3a. Cet article présente le mécanisme, les conséquences fiscales et l'amortissement obligatoire.

Quiconque dispose de liquidités disponibles est souvent confronté, en cas d’hypothèque en cours, à un choix : consacrer cet argent au remboursement de l’hypothèque ou le verser dans la prévoyance liée. Les deux voies réduisent un engagement financier, mais de manière différente, et toutes deux immobilisent du capital. Cet article présente le mécanisme sans recommander l’une ou l’autre des deux variantes.

L’amortissement désigne le remboursement de la dette hypothécaire. L’amortissement direct réduit immédiatement le montant dû. L’amortissement indirect laisse la dette inchangée ; l’argent est versé à la place dans un produit de prévoyance du pilier 3a ou dans une police d’assurance vie mise en gage auprès de la banque à titre de sûreté.

L’essentiel en bref

  • Direct ou indirect : l’amortissement direct rembourse l’hypothèque, l’amortissement indirect verse à la place dans le pilier 3a ou dans une police et met l’avoir en gage (autorégulation de l’Association suisse des banquiers, inchangée pour la propriété du logement à usage propre depuis 2012).
  • Amortissement obligatoire : pour un logement occupé par son propriétaire, la part de l’hypothèque dépassant les deux tiers de la valeur de nantissement doit être ramenée en 15 ans au maximum (autorégulation de l’Association suisse des banquiers, reconnue par la FINMA).
  • Déduction des intérêts passifs aujourd’hui : les intérêts passifs privés sont déductibles du revenu jusqu’à concurrence du rendement imposable de la fortune, augmenté de 50 000 francs (art. 33 al. 1 let. a LIFD, art. 9 al. 2 let. a LHID).
  • Changement de système dès 2029 : le corps électoral a accepté la suppression de la valeur locative le 28 septembre 2025 ; le Conseil fédéral la fait entrer en vigueur au 1er janvier 2029 (source : admin.ch, décision du Conseil fédéral du 1er avril 2026).

Amortissement direct et indirect : quelle est la différence ?

Avec l’amortissement direct, la personne emprunteuse verse à la banque un montant qui réduit immédiatement la dette hypothécaire. Avec l’amortissement indirect, ce même montant est versé à la place sur un compte de prévoyance du pilier 3a ou dans une police d’assurance vie dont l’avoir est mis en gage auprès de la banque. La dette hypothécaire reste formellement intacte dans son intégralité.

La différence pratique se manifeste sur la durée. Avec l’amortissement direct, la dette résiduelle diminue, et avec elle les intérêts passifs courants, année après année. Avec la variante indirecte, la dette et les intérêts passifs restent constants, tandis qu’un avoir séparé et lié se constitue en parallèle dans le pilier 3a ou dans une police. Comme la déduction des intérêts passifs est liée au montant des intérêts effectivement dus, elle reste élevée et inchangée pendant toute la durée en cas d’amortissement indirect, alors qu’elle diminue continuellement avec l’amortissement direct à mesure que la dette baisse.

Les deux formes d’amortissement satisfont à l’amortissement obligatoire selon les directives de l’Association suisse des banquiers (voir plus bas). En pratique, les banques acceptent aussi une combinaison des deux, par exemple un remboursement direct partiel accompagné d’un versement régulier dans le pilier 3a.

Tout versement dans le pilier 3a ne constitue pas un amortissement indirect : les directives de l’Association suisse des banquiers exigent pour cela le versement et la mise en gage de l’avoir en faveur de la banque. Un versement 3a libre, non mis en gage, ne satisfait pas à l’amortissement obligatoire, la dette hypothécaire reste inchangée, et l’avoir demeure entièrement disponible à la retraite. Les deux formes de versement sont déductibles fiscalement de la même manière, mais elles diffèrent quant à la disponibilité du capital et quant à leur effet sur la dette hypothécaire.

Quel est l’effet de l’amortissement direct sur les impôts ?

Qui amortit directement son hypothèque réduit les intérêts passifs déductibles année après année, car la Confédération et les cantons n’admettent la déduction des intérêts passifs privés que jusqu’à concurrence du rendement imposable de la fortune, augmenté de 50 000 francs (art. 33 al. 1 let. a LIFD, art. 9 al. 2 let. a LHID). Au-delà de cette limite, amortir réduit encore les intérêts passifs, mais sans effet fiscal supplémentaire.

En contrepartie figure la valeur locative : qui occupe son propre logement doit la déclarer comme revenu fictif (art. 21 al. 1 let. b LIFD, art. 7 al. 1 LHID). Cette valeur locative reste identique quel que soit le rythme d’amortissement, tant que le système actuel subsiste. Une dette hypothécaire plus faible réduit donc les intérêts passifs déductibles sans modifier la contrepartie imposable, la valeur locative. La façon dont ce rapport évolue avec le changement de système annoncé est présentée dans la section correspondante plus bas.

Au-delà de l’effet fiscal, il y a la simple économie d’intérêts, dont l’ampleur dépend du niveau des taux ; un aperçu des taux hypothécaires en Suisse se trouve dans un article dédié.

Quel est l’effet fiscal d’un versement dans le pilier 3a ?

Qui verse dans le pilier 3a plutôt que d’amortir peut déduire ce versement intégralement du revenu imposable (art. 33 al. 1 let. e LIFD, art. 9 al. 2 let. e LHID). Le montant annuel maximal déductible dépend de l’existence ou non d’une caisse de pension ; les montants maximaux actuels du pilier 3a sont résumés dans un article dédié.

L’avoir 3a ainsi constitué reste lié jusqu’au retrait. Lorsqu’il est retiré, par exemple à la retraite ou pour l’acquisition d’un logement à usage propre, il est soumis à l’impôt sur les prestations en capital : un impôt spécial unique, imposé séparément du reste du revenu, à un taux réduit (art. 38 LIFD, art. 11 al. 3 LHID). Les détails sur la fenêtre de retrait, l’échelonnement et le montant de l’impôt figurent dans l’article sur le versement du pilier 3a.

Le capital 3a mis en gage pour l’amortissement indirect reste, jusqu’au retrait, la propriété de la personne qui constitue sa prévoyance. La mise en gage sert de sûreté à la banque ; elle ne constitue pas un transfert de propriété.

Quand êtes-vous tenu d’amortir votre hypothèque ?

Pour un logement occupé par son propriétaire, une autorégulation de l’Association suisse des banquiers prescrit que la dette hypothécaire soit ramenée de manière linéaire aux deux tiers de la valeur de nantissement du bien en 15 ans au maximum. Cette obligation concerne la part du financement dépassant cette limite, communément appelée la deuxième hypothèque.

Cette règle n’est pas une prescription légale, mais une règle de déontologie des banques. La FINMA la reconnaît comme standard minimal prudentiel en vertu de l’art. 7 al. 3 de la loi sur la surveillance des marchés financiers (LFINMA). Pour la propriété du logement à usage propre, elle s’applique sans changement depuis 2012 ; la dernière révision des directives (décembre 2023, en vigueur depuis le 1er janvier 2025) n’a porté que sur les exigences applicables aux objets de rendement loués. Cette même autorégulation exige en outre au moins 10 pour cent de fonds propres qui ne peuvent pas provenir de la caisse de pension.

L’amortissement obligatoire peut être satisfait directement ou indirectement. Dans la variante directe, le remboursement débute au plus tard à la fin du trimestre suivant les douze mois après le versement de l’hypothèque. Dans la variante indirecte via le pilier 3a ou une police, le premier versement débute au plus tard à la fin de l’année suivant le versement. Les deux formes se déroulent de manière linéaire sur toute la durée maximale de 15 ans.

Qu’est-ce qui s’oppose dans cette pesée des intérêts ?

Les deux variantes immobilisent du capital, mais de manière différente, et toutes deux ont un coût qui ne constitue pas un rendement. L’amortissement direct réduit irrévocablement une dette sûre, rémunérée en continu ; le capital engagé n’est ensuite plus disponible pour d’autres usages, sauf par une nouvelle mise en gage du bien. Les versements dans le pilier 3a immobilisent également le capital, mais dans un produit de prévoyance plutôt que dans le bien lui-même, jusqu’à la fenêtre de retrait réglée par la loi avant la retraite.

Qui amortit rembourse une dette à un taux d’intérêt connu, sans prendre de risque de placement. Qui verse à la place dans le pilier 3a réduit la même année son revenu imposable du montant versé et choisit entre des solutions en intérêts ou en titres, en assumant dans ce dernier cas le risque de marché correspondant. Les deux voies impliquent une immobilisation : une hypothèque amortie ne peut pas être réaugmentée facilement, et un avoir 3a ne peut être libéré avant la fenêtre de retrait que dans les cas d’exception réglés par la loi.

Comment le changement de système sur la valeur locative modifie-t-il cette pesée des intérêts ?

Le corps électoral a accepté, le 28 septembre 2025, la suppression de la valeur locative par 57,7 pour cent de voix favorables. Le Conseil fédéral a décidé, le 1er avril 2026, de faire entrer la réforme en vigueur au 1er janvier 2029 (source : admin.ch). Dès cette date, l’imposition du loyer fictif disparaît pour la propriété du logement à usage propre ; en contrepartie, les possibilités de déduction sont restreintes.

Concrètement, dès 2029, la déduction des frais d’entretien pour la propriété à usage propre disparaît au niveau fédéral, cantonal et communal ; elle subsiste pour les immeubles loués. Dès cette date, la déduction des intérêts passifs sera limitée au rapport entre la valeur des immeubles loués ou affermés et la fortune totale. Qui ne détient pas d’immeuble loué ne pourra alors plus guère déduire d’intérêts passifs privés après la réforme. Pour les personnes qui acquièrent pour la première fois un logement en Suisse, une déduction pour les primo-accédants, limitée dans le temps et dans son montant, est prévue pour les intérêts passifs afin d’atténuer cet effet. Plus de détails sur la réforme et ses conséquences pour les propriétaires immobiliers figurent dans l’article sur l’immobilier suisse comme placement.

L’amortissement obligatoire des banques reste, lui, inchangé : il relève de l’autorégulation prudentielle des banques et se rattache à la valeur de nantissement, non au droit fiscal. Le changement de système modifie donc ce que cette pesée des intérêts coûte fiscalement, pas l’obligation elle-même. Le point de départ fiscal de la pesée des intérêts décrite au début s’en trouve modifié. L’effet actuel d’une dette hypothécaire élevée et inchangée, à savoir la déduction courante des intérêts passifs, disparaît en grande partie dès 2029 pour la plupart des propriétaires occupant leur logement. Dans le même temps, dès 2029, la charge fiscale liée à la valeur locative disparaît elle aussi. Jusqu’à son entrée en vigueur, le système actuel continue de s’appliquer sans changement, et certaines questions transitoires pour les hypothèques en cours ne sont pas encore réglées dans tous leurs détails à ce stade.

De quoi dépend cette pesée des intérêts ?

Les facteurs suivants déterminent comment l’amortissement et la constitution de la prévoyance se positionnent l’un par rapport à l’autre, sans qu’il en résulte un ordre de priorité universellement valable :

  • Position dans le financement : tant que l’hypothèque dépasse les deux tiers de la valeur de nantissement, cette part est de toute manière soumise à un amortissement obligatoire.
  • Temps restant jusqu’à la retraite : il détermine à la fois la fenêtre de retrait du pilier 3a et la période pendant laquelle une dette hypothécaire plus faible permet d’économiser des intérêts.
  • Rendement imposable de la fortune : il fixe le plafond jusqu’auquel les intérêts passifs privés sont déductibles.
  • Réserve de liquidités disponible : le capital amorti ne peut pas être récupéré facilement, et le capital 3a lié pas davantage, en dehors des exceptions légales.
  • Le changement de système de 2029 : il modifie la valeur fiscale de la déduction des intérêts passifs pour la période suivant son entrée en vigueur.

La manière dont ces facteurs se combinent dans un cas particulier dépend de la situation hypothécaire et de prévoyance concrète. Everon ne fournit ni conseil fiscal ni conseil en investissement, et le traitement fiscal de ces questions peut évoluer.

Questions fréquentes sur le choix entre amortissement et prévoyance

Quelle est la différence entre l’amortissement direct et indirect ?

Avec l’amortissement direct, vous versez à la banque un montant qui réduit immédiatement la dette hypothécaire. Avec l’amortissement indirect, ce même montant est versé à la place sur un compte de prévoyance du pilier 3a ou dans une police d’assurance vie mise en gage auprès de la banque. La dette hypothécaire reste formellement intacte dans son intégralité, et les intérêts débiteurs restent élevés et inchangés pendant toute la durée.

Les intérêts hypothécaires restent-ils déductibles des impôts ?

Oui, actuellement les intérêts passifs privés sont déductibles du revenu jusqu’à concurrence du rendement imposable de la fortune, augmenté de 50 000 francs (art. 33 LIFD, art. 9 LHID). Avec le changement de système prévu pour 2029, cette déduction sera limitée au rapport entre la valeur des immeubles loués et la fortune totale : sans bien loué, les intérêts passifs deviennent largement non déductibles, un effet atténué par une déduction limitée dans le temps pour les primo-accédants.

Suis-je tenu de rembourser mon hypothèque ?

Pour un logement occupé par son propriétaire, oui, en partie : l’autorégulation de l’Association suisse des banquiers, reconnue par la FINMA, exige que la part de l’hypothèque dépassant les deux tiers de la valeur de nantissement soit ramenée de manière linéaire en 15 ans au maximum, directement ou indirectement via le pilier 3a ou une police d’assurance vie. La part allant jusqu’aux deux tiers de la valeur de nantissement n’est soumise à aucune obligation d’amortissement et peut subsister durablement.

Qu’est-ce qui change avec la suppression de la valeur locative ?

Le corps électoral a accepté la suppression le 28 septembre 2025 par 57,7 pour cent de voix favorables. Le Conseil fédéral a décidé, le 1er avril 2026, de faire entrer la réforme en vigueur au 1er janvier 2029. Dès lors, l’imposition du loyer fictif disparaît ; en contrepartie, la déduction des frais d’entretien pour la propriété à usage propre et, en grande partie, celle des intérêts passifs disparaissent aussi, atténuées par une déduction pour les primo-accédants.

Les versements dans le pilier 3a sont-ils déductibles fiscalement dans le cadre de l’amortissement indirect ?

Oui. Le versement dans le pilier 3a est déductible indépendamment de l’usage ultérieur de l’avoir, que ce soit pour l’acquisition d’un logement, l’amortissement indirect ou la retraite (art. 33 LIFD, art. 9 LHID). Lors du retrait ultérieur de l’avoir, l’impôt unique sur les prestations en capital s’applique, imposé séparément du reste du revenu à un taux réduit ; son montant dépend du canton de domicile et de la somme retirée.

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Brice Zanetti, CFA
À propos de l'auteur

Brice Zanetti, CFA

Chief Relationship Officer & Co-Fondateur chez Everon
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Cet article est fourni à titre d'information générale et ne constitue ni un conseil en placement, ni une offre d'achat ou de vente d'instruments financiers. Everon AG est un gestionnaire de fortune au bénéfice d'une autorisation FINMA selon la LEFin. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

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